Le Vestiaire

Auckland, Nouvelle Zélande

Avance!
3 min ⋅ 01/11/2022

Quand la carrière s'arrête, qu'elle eût été professionnelle ou en amateur, le joueur ressent un gros manque. Un manque de reconnaissance sociale, l'appartenance à un groupe, des weekends qui n'en terminent jamais, des amis qu'on ne voit que trop rarement, de nouveaux challenges à trouver. Peu importe le sport, la nationalité, l'âge, lorsque l'on arrête sa passion le temps des regrets arrive. Alors bien sûr je ne parle vraiment que du manque des "copains" car la plupart des jeunes retraités ont tous une famille et un travail qui les occupent déjà bien. Cependant, si on peut toujours se rendre au stade, à la troisième mi-temps il y a un lieu sacré qu'on ne peut atteindre, Le Vestiaire. Ses grands bancs de bois, les odeurs de camphre et d'huile, les regards, les mots, le bruit des crampons, les straps qui se déroulent, la concentration, la testostérone qui monte, les claques, les encouragements, la préparation, les massages. La liste est longue et peut faire envier beaucoup d'"anciens". Le vestiaire est la maison intime du joueur. Le lieu secret de la préparation, aux entrainements et aux matchs. Un espace de consolation à la suite d'une défaite. La recherche des frères, de la solidarité qui a peut-être fait défaut dehors sur terrain hostile. Les mots pour repartir de l'avant. Mais aussi, un forum de célébrations, de joies, de chants, de bières. Un moment privilégié entre gladiateurs avant de sortir et retrouver la famille, les amis venus supporter l'équipe. Cependant, si l'après match est tout à fait identique entre les deux hémisphères, l'avant match diffère en de nombreux points. En provenance du sud-est, d'un rugby aux valeurs "guerrière", rugueuse, mes premiers pas dans les vestiaires Néo-Zélandais ont été surprenant. L'ambiance est sereine, studieuse. Chacun se prépare. La musique comble un vide laissé par les discours inexistants. Peu d'échanges. Chacun sait ce qu'il a à faire sur le pré depuis tout petit. L'échauffement est identique, court et méthodique. Des passes, des courses, encore des passes. Quelques pick and go. Trois lancements de jeu et puis s'en vont. Retour aux vestiaires, on enfile les maillots, là encore pas de claques, de coups de tête, de discours celtes. Tout au contraire. Des mots simples, un détail de notre plan de jeu pour les dix premières minutes. De l'assurance, des encouragements sain et calme. L'émotion peut semblait absente, les nerfs sont cadenassés, l'agressivité est contenue. Sans aucun doute réservée au premier contact plutôt qu'à un vestiaire amical. Tout le monde est prêt. Le capitaine a ramassé le ballon… On sort, c'est parti.

Avance!

Par Gabriel du Jeu