Une suite… de l’article précédent « il n'est pas un autre sport où la fonction d'intelligence trouve mieux à s'exprimer que dans le rugby »
Il est certain que de nombreuses relations peuvent être établies entre des situations auxquelles nous avons pu être confrontés au rugby et celles que nous pouvons rencontrer dans le milieu professionnel, que ce soit au niveau des compétences ou des techniques. Evidemment la première notion qui va ressortir va être celle de l'importance de l'esprit d'équipe : au bureau, comme sur le terrain, l'équipe est composée de multiple personnalités où chacun a sa place et sa mission. La qualité du jeu et du résultat dépendent donc de l'investissement de chacun et de la capacité à communiquer au sein de l'équipe. Il est essentiel de créer une relation de confiance au sein de l'équipe afin d'en optimiser les performances : c'est en connaissant les forces et les faiblesses de chacun que l'on peut anticiper et/ou compenser une difficulté.
« Accepter d'être capitaine, c'est perdre le droit à la facilité et à l'indulgence » Arthur Honegger (compositeur suisse ayant vécu à Paris).
Prenons l'exemple des derniers sélectionneurs français. Ils ont choisi comme capitaine des hommes dont la valeur sur le terrain n'est plus à démontrer, de véritables guerriers, mettant la tête ou d'autres ne mettraient pas les pieds, et pourtant, Dusautoir, Guirado et Ollivon ont, semble-t-il « eu » du mal dans leur mission du point de vue des résultats (bon Ollivon beaucoup moins mais c'est Dupont qui a été le capitaine du Grand Chelem français). D'où ma question : quel est le profil idéal pour être un bon capitaine ? En ce sens, ne serait-il pas préférable de confier la tâche à un arrière, notamment un 10 ou un 15 dont le rôle de joueur implique déjà une énorme part d'analyse technique et tactique, plutôt qu'à un avant ayant la plupart du temps « la tronche » dans les rucks ? Ne devrait-on pas séparer la partie tactique et la partie motivation, nommant ainsi deux capitaines, l'un étant le sergent haranguant les troupes pendant que l'autre serait le capitaine qui décide du plan à suivre ? Le capitaine, quelque soit son numéro, doit à mon avis être un élément fédérateur. Un mec qui garde la tête sur les épaules et, paradoxalement, qui puisse « mettre le feu ». Un homme qui communique avec des mots justes et appropriés. Bref un long sujet de débat.
Chaque entraineur a ses propres arguments venant de son expérience pour répondre à cette problématique. On pourrait comparer l'équipe de rugby (qui se rapporte à notre cas aux avants et aux arrières, au neuf et au dix) aux différents services qui composent un hôtel, par exemple (hébergement, réception, restauration, réservation, sales et marketing, comptabilité, économat, etc…) : dans ces deux cas, la prestation finale dépendra du travail réalisé au sein de chaque département . Pour le rugby, un mouvement comme une montée défensive ou une combinaison requiert une concentration et une coordination de chacun des membres de l'équipe : l'ordre d'exécution de la tactique et sa vitesse d'enchainement jouera énormément sur l'efficacité de la combinaison. Pour l'hôtel, la satisfaction d'un client passera par la facilité de réservation de son séjour, la qualité de l'accueil qu'il aura à l'arrivée, la propreté de l'établissement et de sa chambre, la qualité des repas proposés au restaurant, etc… soit la combinaison de chaque membre de « l'équipe ».
De cet esprit d'équipe se détache une autre notion qui se rapproche du monde professionnel, celle de la hiérarchie. En effet, on aura tendance à avoir un leader sur le terrain ou dans les vestiaires, leader qui aura été naturellement accepté et élu à cette place par ses partenaires de par ses compétences et son aura. En management, cette notion est appelée « autorité de compétence ». C'est la plus efficace pour manager une équipe car elle n'est jamais contestée : le leader possède des compétences tactiques et techniques qui le place au-dessus du lot ; elle peut, en revanche, être mise à l'épreuve, testée par les subordonnés qui auraient des doutes quant à la capacité de leur manager à effectuer une tâche spécifique. Le rôle du leader est essentiel lors d'une crise : il devra alors savoir faire abstraction des possibles états d'âme de ses partenaires pour se concentrer sur le problème en lui-même afin de trouver la solution adaptée et ce, quelles que soient les circonstances.
Une autre qualité acquise grâce à la pratique du rugby est celle du souci du détail : « la passe » demande une attention particulière, avec les courses correctement synchronisées, les mains correctement tendues, les appels bien signalés, etc. Il faut également vérifier avant chaque match, que l'équipement est en bon état : protège-dents, crampons, épaulières. « Le rugby, c'est d'abord un sport stratégique où l'occupation de l'espace suggère les images du patrimoine et du terroir » Dans le monde de l'entreprise, cela peut se rapprocher de la préparation d'un entretien : on va étudier le profil de notre client avant de le recevoir, préparer des offres correspondant à ses possibles attentes, préparer notre argumentaire de vente, anticiper d'éventuelles questions, etc…. Cela est encore plus vrai dans le cas de la préparation d'un business plan, document indispensable à tout projet d'entreprise : il regroupe tous les aspects marketing, financier, environnementaux, légaux, des études de marché poussées, etc. En bref, c'est le document qui permettra de faire valider un projet notamment par des investisseurs ou des banques et donc de le rendre réalisable.
Le rugby nous a également enseigné l'étude de l'environnement dans lequel nous évoluons. Cela se traduit notamment par l'étude des conditions météo par exemple afin de savoir quel type de crampons mettre, quel style de jeu jouer (avant ou trois-quart), coup de pied rasant ou chandelle. Sur le plan professionnel, on peut tracer une parallèle avec les études de marché : dans quoi va-t-on se lancer ? Que prévoir ? Qui sont mes clients potentiels ? Quels sont les risques et opportunités ? Cette réflexion est extrêmement importante et constitue « les fondations » lors du lancement d'un nouveau projet.
« Dans ce jeu merveilleux, tout le monde a, un jour, raison ; heureusement, pour progresser, qu'un autre jour, tout le monde a tort ! »
Une autre notion qu'a pu nous remettre en tête la pratique du rugby est celle de se fixer des objectifs à atteindre. Comme pour toute activité, il est important de suivre une suite logique dans l'acquisition des compétences, en commençant par des choses simples avant de passer à quelque chose de plus évolué, par exemple commencer par apprendre la passe avant de faire des changements de course, apprendre à plaquer avant de gratter des ballons et jouer sur les zones de hors-jeu. Sur le plan professionnel, cela revient à ne pas être trop « gourmand » dès le début : il faut savoir prendre son temps pour apprendre et ainsi éviter les principales erreurs de base et de jugement. Il est également primordial sur le terrain, tout comme dans le monde professionnel, d'être attentif aux changements. Sur l'herbe, cela peut se traduire par un changement dans la direction du vent, un remplacement dans l'équipe adverse, jouer sur un blessé… Autant de facteurs qui peuvent altérer fortement le jeu. Dans le monde du travail, cela correspond aux évolutions de la demande (émanant des consommateurs) : quelles sont les nouvelles attentes de la clientèle, qu'est-ce qui a provoqué ce changement et que doit-on entreprendre pour y répondre efficacement ? Ce genre de travail est quelque chose de très courant dans des milieux comme la mode par exemple et se retrouve dans tous les secteurs à plus ou moins grande échelle.
« Demi-de-mêlée…. ? Un poste de synthèse. Ici, vous ne disposez pas des autres, vous êtes à la disposition des autres. » Pierre Berbizier (joueur puis entraineur équipe de france de rugby)
« L'arrière moderne, c'est le dernier défenseur mais aussi le premier attaquant. C'est ce qui fait la complexité du poste. » Serge Blanco (considéré comme le plus grand numéro 15 français)
Après les différents points évoqués précédemment, il est évident qu'il nous faut également aborder l'optimisation des performances. En effet, sur le terrain on recherche constamment cette optimisation qui passe par le travail et la concentration de chacun : le demi de mêlée va chercher le meilleur positionnement de ses avants par rapport à l'adversaire tout en conservant son plan de jeu pendant que les arrières s'affaireront chacun à ce que leur course respective soit parfaitement liée, synchronisée afin d'offrir la meilleure prise d'intervalle et ainsi prendre un maximum de garanties sur le jeu.
« Je viens d'un pays où tout est fait pour supprimer les émotions. En Nouvelle Zélande, tout est affaire de contrôle : du jeu, du ballon, du terrain. Il s'agit de s'imposer, de posséder toujours le ballon. Les émotions, quand elles existent, dérangent tout cela » David Kirk (Vainqueur de la première Coupe du Monde de rugby en 1987)
Au niveau professionnel, l'optimisation des performances est l'un des objectifs principaux de toute équipe : on va chercher à rentabiliser au maximum la main d'oeuvre, réduire les pertes (que ce soit en temps ou en matériaux), proposer un produit qui conviendra à un maximum de clients potentiels (ou proposer différentes gammes du même produit, comme pour les téléphones portables par exemple, afin de mieux répondre aux attentes des différents segments de clientèle), etc. Pendant un match, il faut savoir faire face à l'imprévu tout en gardant la tête froide : pas de panique ! Si quelque chose ne se passe pas comme prévu, il faut essayer de comprendre pourquoi et changer ce qui ne va pas pour rajuster le tir. Si l'on n'y parvient pas, une solution peut consister à s'arrêter et prendre le temps de réfléchir, l'important étant de gérer son stress et de ne pas prendre une décision à la légère qui risquerait de mettre en péril le reste de l'équipe. Il faut savoir rester maitre de soi, quelles que soient les circonstances. Au niveau du business, la gestion du stress peut intervenir au cours d'une longue négociation : après avoir discuté pendant plusieurs heures parfois, chaque partie devient vulnérable. On a « épuisé » son stock d'arguments. Notre interlocuteur ne nous concède rien depuis le début de la discussion. Les prix ont été revus et recalculés à plusieurs reprises. En bref, on est à bout, et c'est le moment où l'on va être susceptible de céder sur un point sur lequel on n'aurait pas dû et qui pourra pénaliser toute la structure.
Enfin un dernier point mais non des moindres, que le rugby nous rappelle : La persévérance. Lorsque l'équipe est arrêtée, bloquée, voire même dans le doute, par exemple, il ne faut pas baisser les bras et abandonner « le navire ». Au contraire, même si cela n'est pas toujours facile, il faut persévérer et tout mettre en œuvre pour se remettre d'aplomb et repartir. « Il m'est toujours resté du rugby la certitude qu'il endurcissait l'individu dans des proportions insoupçonnées. » Dans le milieu professionnel, c'est la même chose en cas de crise, moments difficiles, stagnation de l'activité, etc. Il faut persévérer, repérer nos faiblesses et travailler dur pour pouvoir repartir du bon pied en retournant la situation.
Le rugby est une véritable école de la VIE. La passion qui l'anime, les leçons qu'il enseigne, l'atmosphère qui y règne en font le sport d'équipe par excellence. Je voudrais ainsi remercier tous mes entraineurs, mes éducateurs et mes coéquipiers qui m'ont permis de grandir à travers ce sport !