Orgueil ou victoire

Une situation et un pêle-mêle d’interrogations

Avance!
5 min ⋅ 12/11/2022

Aujourd'hui je suis allé voir jouer, au rugby, deux amis en National B. Gros derby régional en perspective, il va y avoir de l’engagement, ça va être âpre. Il y a du vent, le match est serré de plus mes amis jouent contre le vent en première période. Malheureusement le meneur de jeu et buteur de l’équipe ne fait pas preuve de beaucoup de réussite dans son jeu au pied d'occupation ou de tir au but, de ce fait le déploiement d'énergie de l'équipe est important, chaque duel est une étincelle sur le pré vert qui tend à s’embraser. Malgré cela, ils virent en tête à la mi-temps: 15-10.

Depuis le bord du terrain je me dis que l’équipe a fait le plus dur et que les joueurs vont maintenant pouvoir occuper le terrain et sanctionner les adversaires à chaque opportunité. Cependant sous les consignes des coachs, ils jouent tout à la main (orgueil territorial oblige) et les rares tentatives pour occuper le terrain sont un échec. De mon point de vue, le 9 est trop lent et le 10 gère mal les temps forts et faibles de son équipe (mais on le sait tous c’est plus facile de critiquer quand on fait pas). L’équipe adverse presse et marque par deux fois. Ils mènent maintenant au score 20-15. Finalement la charnière est changée et l’équipe recommence a occuper le terrain et les 22 adverses. On joue la 70ème minute et ils récupèrent une pénalité facile dans les 22, donnant facilement l'opportunité de marquer 3 points. Et là, à ma surprise, les coachs demandent la touche afin de tenter d'inscrire un essai. Rien ne se passe. C'était sans compter sur la défense rugueuse des joueurs adverses. Cette situation se reproduit 4 fois. Avec un buteur et de l'humilité ils pourraient cependant mener 27-20. Mais les coachs et le capitaine continuent de jouer à la main, sûr de leurs force et avec l’envie de dominer ceux d’en face, montrer leur puissance. Heureusement, ça paye pour eux et ils marquent à la 78ème minute un essai transformé : 22-20. Mais le match n'est pas fini et l’équipe adverse récupère une pénalité sur la sirène. Eux aussi la jouent à la main et font tomber la pompe à trois mètres de la ligne. Le match est fini. Ô combien cela a été laborieux pour mes amis !

Les coachs sont là pour tirer le meilleur de leurs joueurs aux entrainements et en match, encourager et orienter l’équipe pour un jeu plus efficace quand les corps sont dans le rouge et que la lucidité sur le terrain vient à manquer. Le capitaine et le match maker sont responsables de leurs décisions sur le pré. Que faire quand vos coachs vous poussent, après 70 minutes de jeu, à continuer avec un plan de jeu que la situation n’appelle peut-être pas, comment prendre une décision à l'encontre de ce qu'ils vous demandent ? Lorsque vous jouez la victoire, il est important, de mon point de vue, d'avoir un capitaine ou un leader de jeu qui connait assez bien les forces et les faiblesses de son équipe et soit capable d'analyser les situations de match. Connaître ses points forts est primordial mais, pour progresser, il faut aussi connaître ses points d'amélioration et rester humble sur le travail et le chemin qu'il reste à parcourir. Être lucide malgré la fatigue, tout un programme.

Dans un contexte compliqué de dominance territoriale, dans un sport aux valeurs guerrières, avec des hommes qui se connaissent et se respectent mais qui veulent s’imposer physiquement aux autres, on se rend compte que la volonté individuelle de prendre le pas sur son vis à vis, d’impacter son adversaire peut être au détriment du bien collectif. Se challenger, avoir des objectifs, se sentir fort, être sûr de soi sont des aptitudes et un état d’esprit indispensable pour un accomplissement et un épanouissement personnel. Des caractéristiques qui, dans un environnement collectif, sont essentielles afin d’être moteur de l’équipe et non un frein. Toutefois, comme sur un bateau, dans une cuisine, à la maison, il faut un chef qui détermine à quel moment l’individu doit laisser la place à la big picture et se mettre au service d'un objectif plus grand que lui. Comment faire cela ? Comment apprendre et expliquer à des individus qui sont challengés tous les jours de se mettre de côté ? Dans un monde de plus en plus égoïste, de plus en plus compétitif et où l’on change, zappe, swipe quand on est pas satisfait comment expliquer qu’ensemble on va plus loin ?

On retrouve cette situation en famille, au bureau, tout autour de nous. L’envie de se dépasser soi même, d’aller plus loin, d’être compétitif de progresser, d'évoluer fait partie de nos vies mais si on veut pas passer à côté de celle-ci il faut savoir mettre à profit cette exigence individuelle dans une logique plus globale.

Avance!

Par Gabriel du Jeu