travail, effort, sacrifice
C'est juste l'histoire d'un enfant qui habite dans un rêve. Cette phrase de Raphaël Poulain a résonné dans ma tête lors de mon premier match à l'Eden Park (Auckland ,Nouvelle-Zélande), me permettant de réaliser un de mes rêves de venir à l'autre bout du monde et de jouer au rugby au pays du long nuage blanc. Pendant mes cinq grosses années là-bas ça a été un fil rouge sur et en dehors du terrain, après tous les enfants rêvent et c'est à nous adultes d'essayer d'inscrire ces instants, souvenirs, rêves, désirs dans nos vies.
Bien sûr tout n'a pas été idyllique, il y a eu des moments durs, des échecs personnels, des doutes, des remises en question pro, du stress, beaucoup de stress (merci les visas), des bobos mais le tout saupoudré d'instants magiques de rencontres authentiques et fortes, de challenges relevés, de progression individuelle et au final chaque nuit on rêve à nouveau, alors pourquoi ne pas se satisfaire de ce que l'on vit dans son ensemble et en être fier car c'est ce sentiment d’accomplissement qui nous rend heureux. Rêver sa vie oui, mais surtout vivre son rêve tout du moins tout faire pour le vivre. Je rêvais par exemple d'être pilote de chasse comme beaucoup d'enfants mais se dire qu'au final tout ce que j'ai accompli aujourd’hui est à mon image et que j'ai déjà énormément de chance de les avoir réalisés.
De retour en France je continue d'habiter dans mon rêve, je retrouve ma Famille, mes amis, j'ai la chance de trouver un boulot intéressant dans la capitale, je monte une équipe de rugby avec mes copains d'école. Bref, la big picture est plutôt satisfaisante.
Et c'est pas fini... après tout nous rêvons bien toutes les nuits.
Ce rêve se prolonge un peu plus, car je me lance dans l'ouverture d'un café de spécialité dans un quartier d'affaire au coeur de Paris. Du coup, qui dit entreprenariat en solitaire dit devenir raisonnable. Fini donc le rugby et le risque de blessure tous les weekends mais sûrement pas une excuse suffisante pour tout arrêter il faut donc que je me trouve un nouveau challenge sportif et collectif. Je trouve un club de touch rugby pas très loin, le touch rugby est un sport athlétique que j'avais déjà découvert en Nouvelle Zélande de manière social et fun l'été. J'y vais en connaissant les règles de bases et avec l'envie de m'amuser. Mais là je découvre un tout autre sport, très tactique et technique, où l'expérience et la malice prennent le pas sur la vitesse et l'énergie, je dois apprendre à ralentir, à comprendre mieux ce qui se passe devant moi, connaitre encore mieux les forces de chacun. Mais en même temps, j'ai parfois l'impression qu'avec de la folie et des skills propre au rugby et bien j'arrive à passer et marquer. L'apprentissage s’accélère lors de mon premier tournoi ou j'apprends à mes dépens que c'est vraiment un sport différent du rugby à 15 et que si je veux vraiment m'amuser et être compétitif il faut que j'accepte cette forme de jeu. Alors je m'applique de plus en plus à l'entrainement, j'ai la chance d'être bien encadré et sûrement aussi de profiter de la fin du Covid pour me retrouver le seul "débutant" et donc de bénéficier de l'apport et de la patience de tous les joueurs autour de moi. Je me mets aussi à regarder des vidéos de ce jeu surtout ce qu'il se fait de mieux au monde en ce moment et mon regard se tourne vers l'Australie. Le niveau technique et athlétique des joueurs me choque littéralement, un sport amateur si précis, à haute vitesse, et avec une grande intensité est selon moi tout à fait rare.
L'ambition est un moteur éco-responsable qui se nourrit de ce qui l'entoure, des faits et gestes des Hommes autour de nous; et je m'inspire de ces jeunes femmes et hommes jouant intensément et j'aimerais pouvoir en faire de même, de ce fait comment puis-je essayer humblement de tendre vers ce niveau de jeu.
J'apprends que l'équipe de France va mettre en place des weekends de détection afin de preparer les coupes d'Europe 2022, 2023 et la coupe du monde 2024 de touch rugby. Avec l'accord de mon coach je postule donc pour participer aux weekends de détection en Octobre et Novembre 2021, me confronter à ce qu'il y a de mieux ici va forcément m'aider. Suite à une journée de championnat de France élite, deux stages de détection et une coupe d'Europe des clubs je progresse mais mon expérience reste courte et la route s'annonce bien longue encore. La bonne nouvelle et première étape de cette aventure arrive début 2022 lorsque j'apprends que je fais partie du groupe France M30 pour la coupe d'Europe 22.
De là va naitre un groupe assez incroyable. Pour la plupart jamais sélectionnés, nous aspirons tous au même objectif de revêtir un maillot bleu pour nos proches et faire de notre mieux sans regret. Par notre engagement envers l'équipe, envers les copains et nous-même nous nous lançons à corps ouvert dans cette aventure et nous prenons le risque d'avoir l'audace de croire en nous, de tout donner pour atteindre cette vision commune, ce rêve, honorer notre décision, notre parole et nous y allons à fond. Au delà de nous dépasser physiquement et mentalement, nous imposons des sacrifices à nos entourages au quotidien et à l'approche de la compétition. Ceci engendre un devoir nouveau car quand on a le choix et la chance de vivre sa passion il faut le faire jusqu'au bout pour le respect des personnes qui ne peuvent pas le faire et de ceux qui nous soutiennent sans faille. Notre "succès" passe par des instants de partage, un apprentissage de l'autre dans le jeu et dans la vie de groupe, des rigolades, des challenges, des défis, des weekends, des tournois, des défaites, des coups durs, des blessures, petit à petit des certitudes collectives naissent et l'approche de la compétition aussi. L'objectif est clair: 3P - Plaisir, Pédagogie (apprendre, progresser) et Performance (se dépasser, aller plus loin), accepter de faire des erreurs en prenant des risques et en n'ayant pas peur de le faire, oser plutôt qu'hésiter. La compétition dure 5 jours à raison de 2 matchs par jour, l'impact physique et émotionnel est assez dur à gérer car pas évident à notre niveau d'anticiper tout cela par manque de vécu et de temps à consacrer à cette passion (déjà beaucoup de sacrifices financiers et de vie ont été réalisés pour pouvoir participer aux stages, tournois et à la compétition par l'ensemble du groupe et staff). Mais nous apprenons à apprivoiser nos émotions car celles-ci sont vitales pour pouvoir kiffer le moment présent, la pression est un privilège. La gestion de l'énergie est obligatoire: alimentation, sommeil et activité physique tout cela dans le respect du projet commun, de la vie de groupe mais aussi du respect des hommes qui ont chacun leurs propre routine, leurs habitudes. Chacun met en place son "protocole de sécurité", découvre et connait son ressenti d'après match, gère sa résilience à l'effort, apprend à manager les autres et créer de la cohésion car avec la fatigue se battre pour l'autre devient plus facile que le faire seulement pour soi. Finalement le bilan sportif est plutôt bon, invaincu en phase de poule avec un beau match nul contre les Anglais favoris (et futur vainqueur de la compétition) mais une défaite d'un tout petit point contre des Irlandais revanchards en demi-finale nous laisse un goût amer. S'en suis 2 heures d'attente assez longues avant notre match pour la 3ème place. Chaque minute compte pour se remettre la tête à l'endroit, se remobiliser pour aller chercher une médaille qui viendrait récompenser 10 mois d'efforts, peu importe les coups, un champion se doit de continuer à avancer. Prendre de la distance sur la déception du jour et relancer la machine, sacré mission. Seul l'abandon garantie l'échec et il n'est pas question de cela dans l'équipe, chacun prend sur soi, on essaie de relever la tête, retrouver des sourires et d'y retourner pour aller se récompenser avec une belle médaille de bronze. Comme dit si bien l'adage "à coeur vaillant rien d'impossible" le match n'est pas simple mais l'implication et l'application de chacun nous permet de finir en apothéose ce beau tournoi.
Maintenant place à du repos et du temps avec nos proches pour couper un peu du touch rugby, s’arrêter pour créer le manque et la frustration : revenir avec l'envie décuplée. En profiter pour se régénérer, découvrir d'autres activités et de nouvelles personnes.
Sans oublier que c'est toujours juste l'histoire d'un enfant qui vit dans un rêve.